Dernier rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité : il est encore temps d’agir !

Publié le 25 Mai, 2019

L’IPBES (groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité), a récemment donné l’alerte dans un rapport historique. Ce document est le plus exhaustif réalisé à ce jour et s’appuie sur l’évaluation historique des écosystèmes pour le millénaire (Millenium Ecosystem Assessment) de 2005 et introduit de nouveaux moyens pour l’évaluation des preuves.

Dans celui-ci, on apprend que les 3/4 de l’environnement terrestre et environ 66% du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine. En moyenne, ces tendances ont été moins graves ou évitées dans les zones qui appartiennent ou qui sont gérées par des peuples autochtones et des populations locales. 

Requin tigre aux Bahamas. © Fabienne Rossier

Il est encore temps d’agir !

Environ 1 million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction, ce qui représente 1 espèce sur 8. Sir Robert Watson, président de l’IPBES, souligne qu’il «n’est pas trop tard pour agir, mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial».

Un rapport historique et complet

Ca n’est pas moins de 145 experts en provenance de 50 pays qui ont élaboré ce rapport au cours des trois dernières années. Des contributions additionnelles ont été également apportées par 310 autres experts. Pour la première fois à une telle échelle, le rapport s’appuie également sur les savoirs autochtones et locaux. Il évalue en fait les changements ayant eu lieu durant les cinquante dernières années et met en lumière la relation entre les trajectoires du développement économique et leur impact sur la nature. Pour ce faire, environ 15.000 références scientifiques et sources gouvernementales ont été utilisées. Le million d’espèces animales et végétales menacées en question, le serait d’autant plus lors des prochaines décennies. Chose qui ne serait encore jamais arrivée dans l’histoire de l’humanité. « Les écosystèmes, les espèces, les populations sauvages, les variétés locales de plantes et les races locales d’animaux domestiques diminuent, se réduisent ou disparaissent. Le tissu vivant de la Terre, essentiel et interconnecté, se réduit et s’effiloche de plus en plus », ajoute le professeur Joseph Settele. Les auteurs de l’évaluation ont, pour la première fois à une aussi grande échelle en se basant sur une analyse approfondie des données disponibles, établi les cinq facteurs directs de changement qui affectent la nature et ayant le plus fort impact mondialement parlant. On découvre alors, par ordre décroissant :

  • Les changements d’usage des terres et de la mer;
  • L’exploitation directe de certains; organismes;
  • Le changement climatique;
  • La pollution;
  • Les espèces exotiques envahissantes.

Malgré les progrès en terme de réalisation pour la conservation de la nature et la mise en oeuvre des politiques en sa faveur, le rapport met également en lumière le fait que les trajectoires actuelles ne permettent pas d’atteindre les objectifs mondiaux de conservation et d’exploitation durable de la nature. Les objectifs pour 2030 et au-delà ne pourraient être atteints que par un changement transformateur dans les domaines de la politique, de la technologie, de l’économie et de la société.

Un important impact sur la biodiversité marine

La biodiversité marine est particulièrement touchée par le déclin annoncé. Le rapport précise que 267 espèces sont concernées. En effet, près de 33% des récifs coralliens, des requins et des espèces proches, ainsi que plus d’1/3 des mammifères marins sont menacés. Quant à la pêche, 33% des stocks de poissons marins en 2015 étaient exploités à un niveau biologiquement non durable, 60% étaient exploités au maximum et 7% étaient sous-exploités.

La pollution représente un problème important, effectivement, « Environ 300-400 millions de tonnes de métaux lourds, solvant, boues toxiques et autres déchets issus des sites industriels sont déversés chaque année dans les eaux du monde. Et les engrais qui arrivent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 ‘zones mortes’ dans les océans, ce qui représente environ 245000km carrés, soit une superficie totale plus grande que le Royaume-Uni », indique l’IPBES. Notons également que la pollution plastique a été multipliée par 10 depuis 1980.

Rappelons tout de même qu’au moins 1 800 milliards de déchets plastiques polluent les océans. De nombreux organismes et associations essaient de lutter ou au moins de comprendre d’où les flux de plastique proviennent (comme lors de la nouvelle expédition Tara Oceans, lancée le 23 mai) afin de savoir où agir. Le rapport de l’IPBES présente également une liste d’actions possibles qui seront les plus aptes à soutenir le développement durable. Celle-ci concerne l’agriculture, les écosystèmes d’eau douce, les zones urbaines et les écosystèmes marins. Pour ces derniers, on trouve « des approches écosystémiques de la gestion des pêches; l’aménagement du territoire; des quotas efficaces; des zones marines protégées; la protection et la gestion des zones clés de la biodiversité marine; la réduction de la pollution par ruissellement dans les océans et une étroite collaboration avec les producteurs et les consommateurs ».  

Quant aux requins, l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) sortait il y a quelques mois un rapport, également alarmant. Celui-ci concernait l’état de conservation des requins. Nous apprenions alors que 17 des 58 espèces étudiées sont désormais classées à risque d’extinction. Il est bon de rappeler le chiffre de 100 millions, qui correspond au nombre de requins tués par an et pour lesquels il est nécessaire d’agir, compte tenu de leur importance capitale en tant que super prédateur.

Un exemple de réussite

Grâce à des mesures prises et à l’alliance de plusieurs savoirs, des espèces vouées à l’extinction ont pu être sauvées. C’est notamment le cas du pirarucu (Arapaima gigas). Ce poisson géant est le plus grand poisson d’eau douce. Il peuple les eaux d’Amazonie. Le pirarucu peut mesurer jusqu’à 3 mètres de long et peser jusqu’à 200 kg. Pour ce faire, un programme scientifique de l’Institut Mamirauá (organisation sociale créée et supervisée par le Ministère de la science, de la technologie, de l’innovation et de la communication qui fête cette année 20 ans de fonctionnement) a été réalisé en symbiose avec les populations locales. Si cette espèce faisait partie intégrante du régime alimentaire des riverains, elle a connue un dangereux déclin lié à l’intensification de l’activité dans la forêt, les progrès technologiques des bateaux et la production de glace, qui a offert un stockage plus long des poissons. Le pirarucu a un système respiratoire complexe, qui le force à remonter à la surface pour respirer toutes les 20 minutes. Si cela montre un caractère pratique dans le cadre de la pêche, il l’a également été dans le cadre du programme de préservation. En effet, c’est de cette manière qu’ils ont pu être comptabilisés par un groupe de pêcheurs, créé pour l’occasion. Une pêche durable, basée sur les quotas établis à partir du nombre de poissons recensés l’année précédente, a été appliquée dans les zones des réserves. Suite à cette mise en place, la population des poissons est passée de 2507 spécimens en 1999 à 190.523 en 2018. La période de reproduction a été respectée et la pêche autorisée seulement de juillet à novembre. En plus d’avoir joué un rôle indispensable dans la survie de l’espèce, cette gestion a un aspect économique intéressant puisqu’elle a rapporté 1,56 million de réais (350.000€) aux régions de Miramauá et Amanã. La somme a ensuite été répartie entre plus de 700 pêcheurs. Pour Emiliano Ramalho, directeur technique et scientifique de l’Institut Mamirauá, cette histoire est un bon résumé de l’alliance entre les différents savoirs : « Celui entre un chercheur venu de l’extérieur pour aider une espèce menacée et le savoir traditionnel des pêcheurs locaux ». Il est également bon de noter que le risque d’extinction des mammifères et oiseaux dans 109 pays a été réduit de 29% (moyenne) grâce aux investissements pour la conservation réalisés de 1996 à 2008. Le risque d’extinction des oiseaux, des mammifères et les amphibiens aurait été d’au moins 20% sans cette action de conservation au cours des dernières décennies. Aussi, n’oublions pas qu’environ 16.000 nouvelles espèces sont découvertes chaque année !

Il est encore temps d’agir

Selon Sir Robert Watson, « Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier ». Seulement il n’est pas trop tard pour agir, à condition qu’un changement dit « transformateur », radical ait lieu. Ce, du local au mondial. « La nature peut encore être restaurée et utilisée de manière durable – ce qui est également essentiel pour répondre à la plupart des autres objectifs mondiaux. Par ‘changement transformateur’, on entend un changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux, y compris en terme de paradigmes, objectifs et valeurs », souligne-t-il.

La plateforme affirme, dans son communiqué de presse, que « Les États membres de la plénière de l’IPBES ont reconnu que, par sa nature même, un changement transformateur peut susciter une opposition de la part de ceux qui ont des intérêts attachés au statu quo, mais également que cette opposition peut être surmontée pour le bien de tous ». Le rapport présente plusieurs exemples d’actions en faveur du développement durable et le chemin pour les mettre en oeuvre dans des secteurs tels que les écosystèmes marins, les zones urbaines, l’énergie, la foresterie, les écosystèmes d’eau douce, les finances… Pour créer une économie mondiale durable, l’évolution des systèmes financiers et économiques mondiaux a été identifiée comme un « élément clé des politiques futures plus durables ». Secrétaire exécutive de l’IPBES, la Docteure Anne Larigauderie a annoncé « l’IPBES présente aux décideurs une base scientifique fiable, les connaissances et les options stratégiques pour qu’ils les analysent ».

MH


 

On Monday, May 6th, the IPBES (UN Expert Group on Biodiversity), issued the alert in a historic report. This is the most comprehensive document to date and builds on the 2005 Millennium Ecosystem Assessment and introduces new ways to evaluate evidence. In this document, we learn that 3/4 of the terrestrial environment and about 66% of the marine environment have been significantly modified by human action. On average, these trends have been less severe or avoided in areas owned or managed by indigenous peoples and local populations. About 1 million plant and animal species are at risk of extinction, representing 1 in 8 species. Sir Robert Watson, President of IPBES, stresses that « it is not too late to make a difference, but only if we start now at every level from local to global »

A historical and complete report

No less than 145 experts from 50 countries have produced this report over the last three years. Additional contributions were also made by 310 other experts. For the first time on such a scale, the report also draws on indigenous and local knowledge. In fact, it evaluates the changes that have taken place over the last fifty years and highlights the relationship between the trajectories of economic development and their impact on nature. To do this, about 15,000 scientific references and government sources were used. The million endangered plant and animal species in question would be even more so in the coming decades. Something that has never have happened in the history of humanity. « Ecosystems, species, wild populations, local varieties and breeds of domesticated plants and animals are shrinking, deteriorating or vanishing. The essential, interconnected web of life on Earth is getting smaller and increasingly frayed», adds the Professor Josef Settele. The authors of the evaluation, for the first time on such a large scale based on an in-depth analysis of the available data, gave the five direct drivers of change that affect nature and have the greatest impact worldwide. We discover then, in descending order, they are: 1- Changes in land and sea use; 2 – The direct exploitation of some; organizations; 3 – Climate change; 4 – Pollution; 5 – Invasive alien species. Despite the progress in terms of implementation for nature conservation and the implementation of policies in its favor, the report also highlights the fact that current trajectories do not achieve the global conservation and conservation goals. sustainable exploitation of nature. The goals for 2030 and beyond could only be achieved through transformative change in the fields of politics, technology, the economy and society.

A major impact on marine biodiversity

Marine biodiversity is particularly affected by the announced decline. The report states that 267 species are concerned. Nearly 33% of coral reefs, sharks and related species, and more than 1/3 of marine mammals are threatened. As for the fishery, 33% of the marine fish stocks in 2015 were exploited at a biologically unsustainable level, 60% were exploited at maximum and 7% were under exploited. Pollution is a major problem, indeed, « Plastic pollution has increased tenfold since 1980, 300-400 million tons of heavy metals, solvents, toxic sludge and other wastes from industrial facilities are dumped annually into the world’s waters, and fertilizers entering coastal ecosystems have produced more than 400 ocean ‘dead zones’, totalling more than 245,000 km2 (591-595) – a combined area greater than that of the United Kingdom. », indicates the IPBES. It should also be noted that plastic pollution has increased tenfold since 1980. Let’s not forget that at least 1,800 billion plastics waste pollutes the oceans. Many organizations and associations try to struggle or at least understand where the plastic flows come from (as in the new Tara Oceans expedition, launched May 23) to find out where to act. The IPBES report also presents a list of possible actions that will best support sustainable development. This concerns agriculture, freshwater ecosystems, urban areas and marine ecosystems. For the latter, we find « ecosystem approaches to fisheries management; territory planning; effective quotas; protected marine areas; protection and management of key areas of marine biodiversity; the reduction of runoff pollution in the oceans and close collaboration with producers and consumers ». As for sharks, the IUCN (International Union for the Conservation of Nature) released a report a few months ago, which is also alarming. This concerned the conservation status of sharks. We learned that 17 of the 58 species studied are now classified as at risk of extinction. It is good to remember the figure of 100 million, which corresponds to the number of sharks killed per year and for which it is necessary to act, given their crucial importance as a super predator.

An example of success

Thanks to the measures taken and to the alliance of several knowledges, endangered species have been saved. This is particularly the case of pirarucu (Arapaima gigas). This giant fish is the largest freshwater fish. He populates the waters of Amazonia. The pirarucu can measure up to 3 meters long and weigh up to 200 kg. To this end, a scientific program of the Mamirauá Institute (a social organization created and supervised by the Ministry of Science, Technology, Innovation and Communication, which celebrates 20 years of operation this year) was carried out in symbiosis with local people. If this species was an integral part of the riparian diet, there was a dangerous decline due to the intensification of activity in the forest, the technological progress of the boats and the production of ice, which offered a longer storage of fish. The pirarucu has a complex respiratory system, which forces it to rise to the surface to breathe every 20 minutes. If it is practical in the context of the fishery, it has also been in the context of the preservation program. Indeed, it is in this way that they could be counted by a group of fishermen, created for the occasion. Sustainable fishing, based on quotas based on the number of fish recorded the previous year, has been applied in reserve areas. Following this establishment, the fish population has increased from 2507 specimens in 1999 to 190,523 in 2018. The breeding season has been respected and fishing allowed only from July to November. In addition to having played an indispensable role in the survival of the species, this management has an interesting economic aspect since it brought 1.56 million reais (350,000 €) to the regions of Miramauá and Amanã. The sum was then divided among more than 700 fishermen. For Emiliano Ramalho, technical and scientific director of the Mamirauá Institute, this story is a good summary of the alliance between the different types of knowledge: « The one between a searcher coming from outside to help a threatened species and the traditional knowledge of the local fishermen ». It is also worth noting that the extinction risk of mammals and birds in 109 countries has been reduced by 29% (average) thanks to the conservation investments made from 1996 to 2008. The risk of extinction of birds, mammals and amphibians would have been at least 20% without this conservation action in recent decades. Also, let’s not forget that about 16,000 new species are discovered each year!

There is still time to act

According to Sir Robert Watson, « We are eroding the very foundations of our economies, livelihoods, food security, health and quality of life worldwide. ». Only, it is not too late to act, provided that a change called « transformative » radically takes place. This, from local to global. « Through ‘transformative change’, nature can still be conserved, restored and used sustainably – this is also key to meeting most other global goals. By transformative change, we mean a fundamental, system-wide reorganization across technological, economic and social factors, including paradigms, goals and values », He says. He pursues : « The member States of IPBES Plenary have now acknowledged that, by its very nature, transformative change can expect opposition from those with interests vested in the status quo, but also that such opposition can be overcome for the broader public good ». The report presents a number of examples of actions for sustainable development and the way to implement them in areas such as marine ecosystems, urban areas, energy, forestry, freshwater ecosystems, finance … To create a sustainable global economy, the evolution of global financial and economic systems has been  identified as a « key element of more sustainable future policies ». Executive Secretary of IPBES, Dr Anne Larigauderie announced : «IPBES presents the authoritative science, knowledge and the policy options to decisionmakers for their consideration ».

MH

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