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Rubrique journalistique SMF : Tout savoir sur le grand requin blanc et dernières découvertes scientifiques

À la rencontre des requins blancs

Super prédateur, le requin blanc fascine tant qu’il effraie. Victime de la mauvaise image qu’ont les requins en général, il l’est d’autant plus de part l’étiquette erronée de la « bête mangeuse d’hommes ». Une image malheureusement bien ancrée, parfois appuyée par le cinéma. Sa grande taille, donnant un caractère impressionnant à ses attaques, le rend d’autant plus spectaculaire. Cependant, l’homme ne fait pas partie de son régime alimentaire et le requin blanc est, bien évidemment, beaucoup plus que cela. Étudiés par des chercheurs et spécialistes du monde entier, il n’a pas fini de délivrer tous ses secrets.

Biologie des requins blancs

Le requin blanc (Carcharodon carcharias) peut dépasser les six mètres, les mâles sont plus petits que les femelles. Bien que des variations soient possibles selon les zones géographiques, la maturité sexuelle se situe aux environs de 8 ou 10 ans chez les mâles et de 12 ou 18 ans chez les femelles.

Celles-ci sont vivipares aplacentaires. Autrement dit, les oeufs, puis embryons, se développent à l’intérieur des voies génitales et sont nourris par leur sac vitellin. Il n’y a donc pas de placenta. Les embryons se nourrissent également par oophagie : absorption des oeufs non fertilisés produits en surnombre par la mère. L’aspect physique de l’espèce est facilement reconnaissable. Leur corps est fusiforme et massif sur la partie antérieur. Elle présente une couleur pouvant varier selon les individus, allant d’un gris plus ou moins foncé, à un brun gris. Le dessous est blanc, ce qui crée d’ailleurs un contraste de couleur avec la partie supérieure. Le museau du requin blanc est conique et assez long.

Quant à ses mâchoires, objets de nombreux fantasmes, elles contiennent des dents qui se renouvellent et dont la taille totale peut atteindre 6,4 cm. Elles sont, en quelque sorte, stockées en rangées dans la mâchoire du requin (5 à 6 rangées dont 1 ou 2 sont fonctionnelles). L’espérance de vie est estimée entre une vingtaine d’années jusqu’à 73 ans.

 

Répartition géographique et habitudes alimentaires

Le requin blanc est une espèce cosmopolite, présente dans tous les océans à l’exception des regions polaires. Ce dernier préfère tout de même les eaux tempérées froides, et peu profondes. Si leur présence empêche parfois certains à profiter d’une baignade, il est bon de noter que non, la chaire humaine n’est pas inscrite au menu des requins blancs. Les attaques produites sont rares et ont eu lieu dans des circonstances ayant amené l’animal à une certaine confusion. La plupart des blessures provoquées comportent une à deux morsures. Le requin « goûte », mais n’apprécie guère. Seulement, étant donnée la puissance de l’animal, la blessure en question est souvent grave et peut s’avérer fatale. Il est important de garder à l’esprit que si les attaques de requins blancs envers l’homme sont très rares, celles de l’homme envers lui le sont moins et participent à la décimation de l’espèce.

En fait, le régime alimentaire des adultes est varié. Il compte par exemple d’autres requins, des tortues, dauphins et petits cétacés ainsi que des pinnipèdes (otaries, phoques…), parfois également des crabes et oiseaux de mer, des calmars… Leur régime inclut également l’ingestion de carcasses. Une solution avantageuse qui leur permet un apport d’énergie majeur et des dépenses minimes. Celui des jeunes se comporte majoritairement de poissons.

 

Le requin blanc de Méditerrannée

Afin de collecter et d’analyser les informations disponibles sur les grands requins blancs habitant en Méditerranée, le spécialiste italien du requin, Dr. Alessandro De Maddalena a entamé des recherches en 1996 sur les enregistrements de ce grand prédateur trouvé dans ces eaux. Il a nommé ce programme de recherche « la banque de données italienne » sur le grand requin blanc.

Aujourd’hui, elle comprend des informations provenant de 593 enregistrements de rencontres de grands requins blancs dans l’ensemble de la mer Méditerranée, ce qui représente l’étude la plus complète jamais réalisée sur les grands requins blancs de cette région. On y lit notamment que ces derniers étaient sans doute beaucoup plus abondants en Méditerrannée qu’ils ne le sont aujourd’hui. « Le déclin du requin blanc a été estimé à l’aide des relevés de la ‘banque de données’. Au cours de la période décennale allant de 1989 à 1998, 85 enregistrements ont été notés en Méditerranée, tandis que de 1999 à 2008, 46 enregistrements ont été notés, soit une diminution de 45,88% du nombre d’enregistrements au cours de cette période », explique Alessandro de Maddalena.

Le 13 octobre 1959, un requin blanc femelle de 589 cm, capturé au large de Maguelone, est débarqué à Sète. Ce dernier est « le plus grand spécimen pour lequel des mesures morphométriques complètes sont disponibles », ajoute le Docteur. Ce spécimen est le plus grand préservé, disponible à ce jour, visible au Musée de zoologie de Lausanne, en Suisse. « Sur les 593 enregistrements de grands requins blancs, 81 auraient été mesurés ou estimés comme étant plus grands que les 589 cm, soit la taille du spécimen de Maguelone. Dans la plupart des cas, la fiabilité de la taille rapportée est impossible à vérifier et ne peut être ni acceptée ni réfutée ».

En effet, plusieurs cas jugés fiables sont rapportés, comme un requin capturé au large de Paliouri, à Chalcidique, en Grèce vers 1985, qui a été estimé à 601-618 cm ou encore une femelle, capturée à Marseille le 15 octobre 1925, qui été estimée à 667-687 cm. Quant à leur présence, le spécialiste explique : « Aujourd’hui, selon les régions, la présence du grand requin blanc est considérée comme rare ou très rare. Avec un large littoral, l’Italie est le pays avec le plus grand nombre de records. En outre, l’Italie borde le plus grand nombre de mers et inclut la plus grande variabilité de l’habitat […] En Méditerranée, comme dans d’autres régions du monde, ce prédateur fréquente les zones proches des rives, des îles, des détroits et des chenaux où les proies sont plus abondantes. Dans la zone d’étude, on les trouve à des profondeurs allant de la surface à au moins 130 m (la profondeur maximale a été enregistrée au large de Marzamemi, en Italie) ».

Pour ce qui est des attaques, Alessandro de Maddalena explique que « Les données recueillies en Méditerranée, comme ailleurs dans le monde, démontrent que les requins blancs ne sont généralement pas agressifs envers les hommes ». Ce dernier explique : « Au total, 55 attaques de requins blancs sur des êtres humains ont été enregistrées en Méditerranée, dont 13 doivent être considérées comme douteuses en raison du doute sur l’identité exacte de l’espèce ou parce que le cas lui-même est considéré comme douteux […] Les êtres humains ne font pas partie du régime habituel des requins, pas même les grands requins blancs. On présume que les grands requins blancs ne considèrent pas les humains comme un aliment et que la grande majorité des attaques ne sont clairement pas motivées par la faim. »

 

Protection de l’espèce

La pêche du requin blanc est interdite depuis plus de 20 ans en Australie, en Floride et en Californie. Il en est de même pour l’Afrique du Sud, depuis 1992, et la Namibie, en 1993. Les requins blancs sont inscrits à l’annexe II de la CITES depuis 2005, après avoir été inscrits à l’annexe III depuis 2001. La Convention on International Trade of Endengered Species (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), ou Convention de Washington, est entrée en vigueur le 1er juillet 1975. Cette dernière est un accord intergouvernemental veillant à ce que le commerce international des spécimens d’animaux et de plantes sauvages, ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent. L’annexe III dans laquelle les requins blancs figuraient alors, vise les espèces déjà inscrites à la demande d’une Partie qui en règlemente déjà le commerce et qui a besoin de la coopération des autres Parties pour en empêcher l’exploitation illégale ou non durable. Le commerce international des spécimens des espèces inscrites n’est autorisé que sur présentation des permis ou certificats préalablement délivrés. L’annexe II, correspondant à la situation aujourd’hui, concerne les espèces qui, bien que n’étant pas nécessairement menacées actuellement d’extinction, pourraient le devenir si le commerce de leurs spécimens n’étaient pas étroitement contrôlé. La protection de l’espèce est également effective et légale d’un point de vue Européen. Les informations suivantes proviennent du Journal officiel de l’Union Européenne, quant au règlement (UE) 2019/214 du Conseil du 30 janvier 2019.

Selon le règlement européen, Article 14 : « Il est interdit aux navires de pêche de l’Union de pêcher, de détenir à bord, de transborder ou de débarquer les espèces suivantes […] b) le grand requin blanc (Carcharodon carcharias) dans toutes les eaux ». On y lit également, dans l’article 50 : « Il est interdit de détenir à bord, de transborder ou de débarquer les espèces énumérées ci-après dès lors qu’elles se trouvent dans les eaux de l’Union […] c) le pèlerin (Cétorhinus maximus) et le grand requin blanc (Carcharodon carcharias) dans les eaux de l’Union.

Découvertes récentes

Une équipe dirigée par de scientifiques du Centre de recherche sur les requins de la Fondation Save Our Seas, de la Nova Southeastern University (NSU) et de l’institut de recherche Guy Harvey (IRSH), du Collège de médecine vétérinaire de l’Université de Cornell et de l’Aquarium de Monterey Bay a complété le génome (ensemble des chromosomes et des gènes) du requin blanc. Il a ensuite été comparé aux génomes d’une variété d’autres vertébrés, y compris le requin-baleine (Rhincodon typus) et les humains. Les travaux ont été publiés dans les Comptes-rendus de l’académie américaine des sciences, PNAS. Le génome ne compte pas moins de 41 paires de chromosomes, contre 23 pour les humains. Autre résultat de cette étude : la très bonne qualité de gène, qui joue un rôle à la fois dans la stabilité du génome, mais aussi dans la réparation de l’ADN. Les découvertes faites ont permis de mettre en lumière de nombreuses aptitudes incroyables du requin blanc, comprenant leur capacité d’adaptation génétique, leur disposition à cicatriser de façon efficace, et les raisons pour lesquelles les requins blancs seraient plus résistants aux cancers.

Une autre étude de Monterey Bay et des institutions partenaires publiée, le 16 avril dernier, montre que les requins blancs éviteraient les orques (Orcinus orca) et se retireraient des régions où ses derniers se présentent. « Lorsqu’ils sont confrontés à des orques, les requins blancs quittent immédiatement leur lieu de chasse préféré et ne reviendront pas avant un an, même si les orques ne font que passer », a déclaré le Dr Salvador Jorgensen, chercheur principal à l’aquarium de Monterez Bay, auteur de l’étude. Pour arriver aux résultats finaux, les données des étiquettes électroniques des requins ont été comparées avec les observations de terrain des orques. Ces étiquettes démontrent que tous les requins blancs commençaient à quitter la zone quelques minutes après de brèves visites d’orques. Les scientifiques ont pu analyser les interactions grâce aux données de 165 requins blancs marqués entre 2006 et 2013.

Une espèce a profité de cette situation : les éléphants de mer (Mirounga). En effet, les données ont montré quatre à sept fois moins de prédation sur cette espèce de la part des requins blancs, ces derniers ne se trouvant plus sur cette zone. Il est important de noter que les chercheurs n’ont tiré aucune conclusion quant au fait que les orques pourraient cibler les requins blancs comme proies, ou si elles « intimidaient la concurrence » pour pouvoir profiter des phoques et éléphants riches en calories. Face à ces résultats, il est nécessaire de souligner que la situation ici dépeinte, correspond à un site spécifique. Les relations entre orques et requins blancs peuvent varier ou être même non existantes sur d’autres sites. Le comportement et le régime alimentaire des orques changent également selon la région et la différente population de ces cétacés.

 

 

MH