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Les requins payent un très lourd tribu à la pêche en haute mer

Environ 50% des pêches intentionnelles ou involontaires des requins s’effectuent en haute mer, en dehors des eaux sous juridictions nationales. Des chercheurs viennent de démontrer l’urgence d’une gestion efficace de ces zones où séjournent préférentiellement ces prédateurs et où s’intensifient des prélèvements contribuant à leur disparition.

Cette étude vient d’être publiée dans la revue Nature par un consortium réunissant plus de 100 chercheurs, dont Eric Clua, spécialiste des requins appartenant à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes.

Référence

Queiroz N.,  Clua E., … and Sims D. (2019). Global spatial risk assessment of sharks under the footprint of pelagic fisheries. Nature. XXX

Le requin tigre ne fréquente qu’épisodiquement la haute mer, mais il le paie souvent de sa vie. Ici un individu qui a réussi à échapper à une ligne de pêche tel que le suggère la présence d’ hameçons que l’animal va devoir supporter plusieurs mois, nuisant potentiellement à son alimentation correcte (crédit : Fabienne Rossier).

 

Parmi la vingtaine d’espèces de requins vivant en permanence ou temporairement en haute mer, et selon l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, deux tiers sont soit en danger ou vulnérable et un quart sont en passe de l’être.

Beaucoup de ces espèces sont légalement protégées mais elles continuent à payer un lourd tribu à la pêche qui cible d’autres poissons carnassiers avec des appâts qui font aussi le malheur des requins. Afin d’évaluer le risque que courraient ces espèces de requins, des chercheurs se sont penchés sur la coïncidence géographique entre leurs zones de résidence et celles où sont pratiquées les pêches qui en font des prises volontaires ou accessoires.

Pour se faire, ils ont comparé d’une part les résultats de plus de 1 800 opérations de marquage de requins à travers la planète et ce, afin d’étudier leurs déplacement, avec, d’autre part, la localisation des efforts de pêche hauturière hors des zones économiques exclusives dépendant directement des états.

Les chiffres sont inquiétants car 24% des zones où séjournent ces requins sont sous influence d’une pêche intensive qui, par ailleurs, ne cesse d’accroître son effort de capture. Cette coïncidence est malheusement spatiale mais aussi très souvent temporelle. C’est la pêche palangrière (basée sur des milliers de kilomètres de nylon équipé de millions d’hameçons) qui est la plus meurtrière pour les requins, avec une incidence de 71%.

Ces résultats ne sont pas surprenants car les requins fréquentent en toute logique les zones à haute productivité biologique qui sont favorables à la présence des espèces nobles ciblées par la pêche et des proies des requins. Ce constat suggère l’urgence d’une gestion adaptée.

Cette dernière peut passer par des outils traditionnels tels que les  quotas de capture ou les Aires Marines Protégées (à grande échelle) mais elle devrait aussi faire appel à des technologies modernes telles que le suivi satellitaire tant des animaux que des vaisseaux de pêche afin d‘instituer par exemple des fermetures en temps réel, ponctuelles et géographiquement ciblées et ce, afin d’enrayer l’impact de ces pêches sur ces espèces précieuses pour les écosystèmes.

Eric.clua@ephe.sorbonne.fr