marteau

La rubrique journalistique SMF n°2 : A la rencontre des seigneurs des mers

Requins : incroyables poissons, super-prédateurs

Entre la crainte qu’ils inspirent parfois et la fascination qu’ils exercent, qui sont vraiment les requins ?

Présents sur terre depuis plus de 400 millions d’années, survivants de plusieurs extinctions de masse, cette dénomination regroupe en fait quelques 500 espèces. Poissons cartilagineux exceptionnels (Chondrichthyens, tout comme les raies et les chimères), ils présentent des particularités qui lui sont propres. Détenteur d’une place clef dans le bon équilibre de l’écosystème, il est essentiel. Rencontre avec le seigneur des mers.

 

Un outil sensoriel incroyable

La notion de sens, quand elle concerne les requins, diffère quelque peu de la nôtre. En effet, s’ils disposent de nos 5 sens communs, ils sont également dotés d’un outil encore plus puissant : les ampoules de Lorenzini. Des capteurs électro-réceptifs qui permettent à l’animal de déceler de faibles champs électriques. Un découverte datée de 1678, et réalisée par l’italien Stefano Lorenzini lors d’une étude menée sur des raies électriques. Visibles sous forme de petits points sombres, majoritairement concentrés autour des yeux et du museau, elles se démarquent aisément de la couleur de la peau. Battements cardiaques, contractions musculaires entre autres,  sont alors détectables. Une grande aide dont disposent les prédateurs pour repérer les proies enfouies sous le sable, ou pour la chasse nocturne. Autre capacité exceptionnelle, les ampoules de Lorenzini servent de boussole et aident le requin à s’orienter grâce à la détection des champs magnétiques. Cette fois-ci non pas ceux d’autres espèces, mais terrestres, notamment dus aux différents courants. Celles-ci ont une sensibilité telle, qu’elles peuvent même percevoir une variation, ne serait-ce qu’infime, de température.

 

De grandes aptitudes

Parmi les nombreuses particularités des requins, on compte ses écailles. Comme pour les raies (également des Elasmobranchii, sous-classe de Chondrichtyes évoqués plus tôt), les écailles des requins sont placoïdes. Ces denticules, dits cutanés, couvrent leur peau et lui donne un aspect rugueux. Une structure particulière qui favorise leur hydrodyamisme. Fort de cette aide naturelle, le requin mako (nom scientifique : Isurus oxyrinchus) par exemple, arriverait à des pointes de vitesse de 110 km/h ( pour 50km/h de vitesse moyenne).

Autre faculté ayant permis aux requins de traverser les différentes ères : leur adaptation à la température de l’eau. Bien que ceci ne concerne seulement très peu d’espèces qui ont le sang chaud. Cette fois-ci, nous prendrons pour exemple le grand requin blanc (Carcharodon carcharias). Ce dernier supporte des variations de températures importantes au cours de ses déplacements et peut réguler la température de son corps de 4 à 14°C plus élevée que celle de l’eau. Un moyen de rester actif de façon continuelle.

 

 

Les particularités de la gestation

Les requins ont une maturité sexuelle atteinte tardivement. Il faut en effet compter plusieurs années, entre deux et une vingtaine pour certaines espèces, environ 7 ans pour le requin zèbre (Stegostoma fasciatum) et jusqu’à 150 ans pour le requin du Groenland (Somniosus microcephalus), qui a une espérance de vie qui approcherait les 400 ans. Une caractéristique qui les rend beaucoup plus vulnérables à la surexploitation.

En effet, l’une des conséquences de la surpêche est l’empêchement, pour les requins, d’arriver à l’âge de cette maturité sexuelle nécessaire ou à l’aboutissement d’une gestation, également longue. Il faut compter de 9 à 12 mois, et jusqu’à 22 mois pour l’aiguillat commun (Squalus acanthias). Les requins présentent trois méthodes de reproduction : ovipare, vivipare placentaire et vivipare aplacentaire.

Pour citer quelques exemples, la petite roussette (Scyliorhinus canicula) est ovipare. Autrement dit, il pond des oeufs contenant des embryons nourris par leur sac vitellin. Ceux-ci durcissent ensuite au contact de l’eau de mer. Le grand requin-marteau (Sphyrna mokarran), lui, est vivipare placentaire (comme les humains). Ses embryons se développent grâce au placenta de la mère, auquel ils sont reliés.

Pour ce qui est des requins taureaux (Carcharias taurus), ils sont vivipare aplacentaire. Autrement dit, les oeufs (puis embryons), se développent à l’intérieur des voies génitales nourris par leur sac vitellin. Il n’y a donc pas de placenta. Chez le requin taureau les petits les plus vigoureux mangent les autres embryons, moins vifs : un phénomène appelé cannibalisme intra-utérin ou adelphophagie. Une sorte de pré-sélection naturelle. Chez le requin taureau et d’autres espèces, on observe aussi l’oophagie : les embryons dans l’utérus se nourrissent aussi des oeufs non fertilisés produits en surnombre par la mère.

 

La place essentielle des requins

Maillons essentiels de la chaîne alimentaire, les requins occupent une place indispensable. Premièrement, ils sont de réels régulateurs. Leur déclin entraînerait un déséquilibre désastreux de l’écosystème marin. Ils permettent en effet un équilibre du réseau trophique (ensemble des chaines alimentaires d’un écosystème). Ils gardent, en fait, les autres espèces sous contrôle. Leur disparition entraînerait une réaction en chaîne aux conséquences dramatiques.

Super-prédateurs, ils se nourrissent de prédateurs (thons, marlins…), qui eux-même se nourrissent de petits poissons. Ces derniers se nourrissent, eux, de plancton et de végétation aquatique. Un maillon manquant perturberait complètement cet équilibre et contribuerait à la fois à une prolifération, mais aussi à la disparitions d’autres espèces. La prédation des requins a également obligé ses proies à développer différentes stratégies de défense, ce qui a, par conséquent, joué un rôle dans  la diversité biologique. Les requins occupent également un rôle sanitaire important.

Bien que prédateurs, les requins se nourrissent, en premier choix, d’animaux faibles, blessés ou malades, identifiables grâce à leur sens évoqué plus tôt. Aussi, même si aucune espèce de requin ne se base uniquement sur cette pratique, elle reste pour un bon nombre une vraie aubaine. Le résultat est doublement avantageux : un apport d’énergie majeur, contre des dépenses minimes. Il en va de même pour les cadavres de différents animaux marins, ainsi nettoyés.

 

MH.