Le requin gris

« Carcharhinus plumbeus » (Nardo, 1827)
Cosmopolite des eaux tropicales et tempérées. Poissons cartilagineux (requins, raies…)Requin d’estuaire, requin brun, requin gris à haute dorsale, requin de sable, chien de merSandbar shark, thickskin shark, queriman shark, brown shark (GB), Squalo grigio, squalo plumbeo (I), Tiburon trozo, arenero, tiburon aleta de carton (E), Atlantischer Braunhai, Sandbankhai (D), Tubarão Corre-costa (P), Staktocarcharias (Grèce), Mejiro zame (Japon), Cucut lanjaman, Hiu teteri (Indonésie), Yu (Malaysie), Sandbankhaai (Afrique du Sud)

Critères de reconnaissance:

Corps massif, trapu au dos entièrement gris avec carène dorsale élevée
Première nageoire dorsale très haute débutant dans l’axe des pectorales
Museau court avec bouche cintrée à l’aplomb de petits yeux
Nageoires pectorales imposantes, longues, plutôt pointues
Nageoire caudale dissymétrique avec lobe terminal supérieur
Ventre blanchâtre

requin gris

Distribution:

Carcharhinus plumbeus affectionne les eaux tropicales et tempérées qui avoisinent les 23°C ou plus.
Sa zone de distribution comprend l’Atlantique Ouest (du Massachusetts au sud du Brésil en passant par le golfe du Mexique), l’Atlantique Est (du Portugal jusqu’aux côtes du Congo).
Il est également signalé en Méditerranée (notamment dans le bassin oriental mais aussi la Corse) et en mer Rouge.
On le rencontre aussi dans tout l’Indo-Pacifique : de l’ouest de l’océan Indien (Afrique du Sud, Madagascar, Tanzanie, golfe d’Oman…) jusqu’à l’est (Indonésie…) ainsi que dans le Pacifique Ouest (Vietnam, Chine, Japon, Corée, Australie, Nouvelle-Calédonie) et même le Pacifique Est (îles Galápagos).

Biotope:

A la fois côtier et bentho-pélagique*, Carcharhinus plumbeus vit au-dessus des plateaux continentaux et insulaires. Souvent près des estuaires, il évolue fréquemment dans les fonds sableux, limoneux et fréquente les zones portuaires boueuses ainsi que les lagons et les baies. Même si sa zone d’évolution se situe principalement entre 20 et 80 m, il peut croiser entre la surface et 1800 m.

Carcharhinus_plumbeus_georgia

Description:

Carcharhinus plumbeus est un requin relativement facile à identifier à sa silhouette. Il possède un corps massif, trapu avec un dos pourvu d’une carène élevée (partie bossue) portant une nageoire dorsale très haute.
Le dos, les flancs, les nageoires sont uniformément gris (parfois plus ou moins bronze). Seule la partie ventrale est blanchâtre. La taille ne dépasse que très rarement les 2 m, des animaux de 2,50 m ayant néanmoins été rencontrés.

A l’avant, la tête est assez aplatie, le museau bref, large et arrondi. Les yeux sont petits et ronds, dotés d’une membrane nictitante* inférieure (sorte de troisième paupière, recouvrant l’œil pour le protéger) pleinement fonctionnelle. Sous le museau et à l’aplomb des yeux s’ouvre une bouche incurvée. Elle reste souvent entrouverte.
Comme tous les carcharhiniformes, le requin gris possède cinq fentes branchiales indépendantes, de chaque côté de la tête.

Sur la partie antérieure du corps et prenant naissance dès la quatrième fente branchiale, les nageoires pectorales, demi falciformes* (bord d’attaque un peu plus arrondi que le bord arrière), sont imposantes, longues et plutôt pointues.
Sur la partie bossue du dos, la première nageoire dorsale, de forme triangulaire a son origine nettement à l’aplomb de l’axe de la pectorale. Cette nageoire dorsale est très élevée, facilitant ainsi l’identification de l’espèce.
Derrière, la seconde nageoire dorsale est beaucoup plus discrète. Entre les deux, une ride interdorsale (petite crête de peau) est assez peu marquée.

Sur la partie inférieure de l’animal, les nageoires pelviennes précédent les nageoires anales (qui sont relativement proches des premières). Les anales sont à l’aplomb de la seconde dorsale. Chez les mâles, les pelviennes sont modifiées et montrent deux ptérygopodes*.
Le corps du requin se termine par une nageoire caudale hétérocerque* (dissymétrique) dont la partie supérieure est plus développée. A l’extrémité du lobe supérieur, on peut remarquer un triangle apical.
Les nageoires de C. plumbeus sont grises et ne montrent pas de partie colorée évidente, même si l’extrémité et le bord postérieur peuvent être un peu plus foncés que le reste.

requin gris

Espèces ressemblantes:

Carcharhinus plumbeus est une espèce relativement facile à reconnaître. En effet, sa nageoire dorsale triangulaire très haute et son positionnement évitent de le confondre. Les autres requins-requiems (Carcharhinidés) pouvant éventuellement prêter à confusion ont cette première dorsale plus petite et le plus souvent placée plus en arrière (Carcharhinus limbatus, C. obscurus, C. leucas, …). Certains portent sur leurs nageoires des marques distinctives blanches ou noires (C. albimarginatus, C. amblyrhynchos, C. melanopterus, …), certains ont une caudale plus ou moins homocerque* (Lamna nasus, Carcharodon carcharias, …). Le plus souvent, c’est même une combinaison de ces caractères qui permet de différencier les espèces de requins-requiems.

Un des problèmes à relever néanmoins concerne le nom vernaculaire et entraîne une confusion d’espèce. En effet, il existe un second requin appelé couramment « requin gris », c’est Carcharhinus amblyrhynchos. C’est pourquoi, il est préférable de préciser pour C. amblyrhynchos, « requin gris de récif ».

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Carcharias stevensi Ogilby, 1911
Galeolamna stevensi (Ogilby, 1911)
Squalus plumbeus Nardo, 1827
Carcharias milberti Müller & Henle, 1839
Eulamia milberti (Müller & Henle, 1839)
Carcharhinus milberti (Müller & Henle, 1839)
Carcharias ceruleus DeKay, 1842
Lamna caudata DeKay, 1842
Squalus caecchia Nardo, 1847
Carcharias japonicus Temminck & Schlegel, 1850
Carcharias obtusirostris Moreau, 1881
Carcharias latistomus (Fang & Wang, 1932)
Galeolamna dorsalis Whitley, 1944

Requin gris : son nom lui vient de sa couleur dominante, uniformément grise.

Origine du nom scientifique:

Carcharhinus : mot composé en 1816 par Auguste de Blainville à partir du grec [karkharos] = aigu, acéré et [rhinus] = nez, museau. Le mot [karcharias] signifiait déjà « le poisson aux dents pointues » chez les grecs. Le nom de ce genre Carcharhinus pourrait donc signifier « requin à long nez ».

plumbeus : en latin, couleur de plomb (en rapport avec sa couleur grise).

A Sandbar Shark, Carcharhinus plumbeus, swims offshore Jupiter, Florida, United States. IUCN Red List

Alimentation:

Actif principalement la nuit, son alimentation est essentiellement composée de poissons (Ostéichthyens et Chondrichthyens) ainsi que de céphalopodes et de crustacés, qui ne sont néanmoins que des proies secondaires.
Ce prédateur observe un mode opératoire de chasse qui lui est personnel, avec une attaque qui s’exécute à l’oblique. Les dents acérées de la mâchoire inférieure plantées dans sa victime, il avance sa mâchoire supérieure pour y enfoncer des dents plus tranchantes puis entame un balancement violent permettant aux deux mâchoires de se rencontrer et de déchiqueter ainsi des morceaux de bonne taille.

Reproduction – Multiplication:

Carcharhinus plumbeus est une espèce vivipare* placentaire. La maturité des mâles est atteinte lorsque leur taille avoisine les 1,30 m à 1,80 m alors que pour les femelles, il faut attendre une taille de 1,45 à 1,80 m.

Lors de la période d’accouplement, les individus se retrouvent sur les sites de reproduction. Les femelles matures et sexuellement disponibles libèrent dans l’eau un message chimique qui renseigne les individus mâles. Une poursuite des mâles derrière les femelles se met en place uniquement sur la traçabilité d’un message olfactif, le mâle suit la femelle par l’odeur qu’elle dégage et tente de s’accoupler avec elle.

Aucune femelle, déjà gravide ou non mature, ou encore qui n’a pas délivré de message olfactif, ne se fera assaillir par les mâles reproducteurs.
Une période de jeûne a lieu durant cette phase qui dure environ une semaine chez les femelles.

Le processus d’accouplement proprement dit commence quand le mâle suit une femelle, la mordant entre les ailerons dorsaux pour freiner sa nage et ainsi essayer de s’agripper à l’une de ses nageoires pectorales par sa mâchoire.

Une fois « arrimé » de la sorte, une des pectorales de sa compagne entièrement dans la bouche, le mâle se retrouve à côté de la femelle. C’est à ce moment-là qu’il tente d’insérer un de ses deux ptérygopodes* (appendices copulateurs), le droit s’il est du côté droit, le gauche s’il se trouve sur ce côté, dans le cloaque* de la femelle. Le sperme sera ainsi transmis (fécondation interne).

Il s’agit donc d’un accouplement violent et traumatisant pour les femelles, les morsures infligées par les mâles laissant de nombreuses traces chez leur partenaire, malgré l’épaisseur de la peau plus importante chez ces dernières. En effet, comme chez d’autres espèces de requins, des femelles de C. plumbeus sont souvent vues avec les cicatrices sur les flancs et sur le dos en raison de ce rituel d’accouplement.

La gestation dure généralement entre 8 et 12 mois, selon la température et le lieu de vie. La portée varie entre 1 et 16 petits (maximum). Ils atteindront à la naissance une taille se situant entre 56 et 75 cm et, à leur sortie, ces petits seront nantis de systèmes moteurs et sensoriels développés permettant déjà une réelle autonomie.

On peut noter que la femelle a la faculté de repousser la fécondation d’ovocytes* mûrs jusqu’à deux ans après l’insémination. En effet, elle peut stocker, au niveau des glandes nidamentaires (partie de l’oviducte*), la précieuse semence du (des) mâle(s) pour l’utiliser ultérieurement. On a également observé qu’une seule copulation pouvait donner lieu à plusieurs gestations.

Sandbar-shark-swimming

Vie associée:

Dans l’Atlantique Nord-Ouest, il a été constaté sur des spécimens mâles et femelles, la présence de copépodes parasites, Alebion lobatus. Profitant de l’absence d’une ou plusieurs écailles placoïdes*, formant crevasse, le copépode parasite la surface externe de son hôte.

Carcharhinus plumbeus est une espèce prisée pour l’élevage et la reproduction en captivité. De ce fait, les études et observations sont nombreuses pour cette espèce. Des souches de la bactérie Vibrio harveyi (non spécialisée dans les requins) ont ainsi été prélevées sur le requin gris (ainsi que le requin-citron Negaprion acutidens). L’infection par les bactéries entraînait des symptômes divers (léthargie, anorexie, perte du sens de l’orientation, infections…) jusqu’à la mort de l’animal qui portait des nécroses, des kystes sous-cutanés et des lésions tissulaires externes et internes à tous les niveaux ! [Bertone & al. 1996]

Divers biologie:

La bouche entrouverte révèle une dentition composée de 14 à 15 rangées de dents. Les dents du haut sont de forme large, triangulaire et denticulée, avec une cuspide* haute. Les dents du bas sont plus étroites et plus finement dentelées. Les dents de devant sont dressées et symétriques mais, plus on s’éloigne du centre de la mâchoire, plus les dents s’obliquent et deviennent plus petites.
Les dents de Carcharhinus plumbeus, comme chez beaucoup de Carcharhinidés, ont la particularité de se renouveler indéfiniment. Le phénomène est dû au développement constant du tissu gingival qui, en recouvrant le bord de la mâchoire, crée une tension, redressant de ce fait les nouvelles dents parfaitement aiguisées.

Le requin gris est continuellement en mouvement du fait qu’il ne possède pas de muscles branchiaux et doit donc nager en permanence afin de permettre la circulation d’eau dans sa bouche. 954721_343216882447459_1171052652_nCeci lui évite ainsi l’asphyxie par l’apport de l’oxygène présent dans le milieu.

En moyenne, les femelles affichent un poids de 68 kg contre 50 kg pour les mâles. Cependant, des spécimens dont le poids peut aller jusqu’à 118 kg, sont décrits dans différentes publications.

La durée de vie de cette espèce est estimée à environ 30 ans, voire un peu plus.

Le requin gris vit généralement en groupe la journée mais préfère rester solitaire la nuit, durant la chasse.

Espèce réglementée:

En 2010, Carcharhinus plumbeus est classé en catégorie « Vulnérable » dans la Liste Rouge des Espèces Menacées de l’UICN (International Union for Conservation of Nature).

Cette espèce est particulièrement menacée par la surpêche à cause de la maturité sexuelle lente à acquérir et de ce fait, son taux de reproduction est faible. Depuis 1993, les Etats-Unis ont adopté un plan de gestion afin de faire face à ce problème.

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Informations complémentaires:

Le requin gris fait partie des « requins-requiems » (surnom donné à la famille des Carcharhinidés).

Les requins-requiems montrent généralement sur leur robe un « patron » graphique particulier (le « patron requiem » [Louisy 2002]) constitué de deux stries, blanche et grise en quinconce sur leurs flancs. Ce « patron requiem » est, chez C. plumbeus, peu marqué, quasi invisible par rapport à d’autres espèces.

De nombreux spécimens de requins gris se regroupent en bancs de tailles et sexes différents avant d’effectuer de grandes migrations saisonnières. La température des eaux y est pour beaucoup mais on pense que les grands courants océaniques jouent également un rôle important. Ces migrations montrent des caractéristiques assez différentes (périodes, composition des groupes, distances…) selon la localisation des populations de requins gris.

Carcharhinus plumbeus n’a pas la réputation d’être particulièrement dangereux pour l’homme. Cependant, il affiche une audacieuse curiosité envers un élément nouveau dans son périmètre tel qu’un plongeur, une embarcation et n’hésite pas à s’en approcher très près. Une fois sa curiosité assouvie, il s’en éloigne instantanément.

SMF

Article de DORIS

Références bibliographiques
Ferrari A., Ferrari A., 2001, GUIDE DES REQUINS, « Les compagnons du naturaliste », ed. Delachaux & Niestle, France, 256p.

Louisy P., 2002, GUIDE D’IDENTIFICATION DES POISSONS MARINS, EUROPE ET MÉDITERRANÉE, ed. Ulmer, 430p.

Mojetta A., 1998, LES REQUINS, ed. Gründ, Paris, 168p.

Soury G., 2002, REQUINS EN LIBERTÉ (1ère édition), Les rendez-vous de la nature, ed. Nathan, 256p.

Liens de références et publications spécifiques sur cette espèce
Bertone S., Gili G., Moizo A. & Calgari L., 1996, Vibrio carchariae associated with a chronic skin ulcer on a shark, Carcharhinus plumbeus (Nardo), J. Fish Dis., 19, 429-434.

Grace M.A., 2001, Field Guide to Requiem Sharks (Elasmobranchimorphi : Carcharhinidae) of the Western North Atlantic, U.S. Dep Commer., NOAA Tech. Rep, National Marine Fisheries Services 153, 32p.

Morey G., Soldo A., Riera F. & Serena F., 2008, Records of Carcharhinus limbatus and C. plumbeus (Chondrichthyes : Carcharhinidae) from off Balearic Islands (NW Mediterranean). in Cybium, n° 32, ed. Société Française d’Ichtyologie, 195-200  »

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