IMG_3633

Article SMF :Le rôle des requins dans les récifs coralliens et dans la production d’oxygène

Le rôle des requins dans les récifs coralliens et dans la production d’oxygène

Super prédateurs indispensables, les requins ont des rôles parfois insoupçonnés. Leur disparition entraînerait des conséquences terribles pour l’écosystème, et menacerait même la vie de nombreuses autres espèces. Pour rappel, pas moins de 17 espèces de requins et de raies sont actuellement considérées à risque d’extinction selon l’UICN. Ces derniers jouent un rôle clef dans la vie des coraux, les aidant à se régénérer et même à leur fertilisation. Mais pas seulement. Ils participent également, en tant que régulateur des espèces, à maintenir une bonne production d’oxygène.

Les requins, fertilisateurs de coraux

Les déplacement des animaux entraînent un impact écologique positif et facilitent certains processus. C’est ce dont parle une étude menée par une équipe de chercheurs anglais et américains, publiée le 21 mars 2018 sur The Royal Society Publishing. Elle explique comment les déplacements des requins gris de récifs (Carcharhinus amblyrhynchos) jouent un rôle sur la fertilisation des coraux. Cette dernière a pris lieu dans l’Atoll Palmyra, non exploité du point de vue de la pêche, dans l’océan Pacifique Nord. Les requins y déposent des nutriments par l’intermédiaire de leurs déplacements entre la zone pélagique et le récif. Ce qui fertiliserait naturellement le corail. « Nous avons appliqué la théorie des réseaux à quatre années de données de télémétrie acoustique pour les requins gris (Carcharhinus amblyrhynchos) […] afin d’évaluer leur rôle potentiel dans la dynamique des éléments nutritifs dans cet écosystème éloigné », peut-on y lire.

La télémétrie évoquée ici, correspond en fait à une technique permettant la réalisation de projets sur de grandes distances géographiques. Les suivis sont alors en 2D et 3D. Cette étude menée sur les individus marqués, au niveau de la population, « suggère que la consommation de proies et leur déjections ultérieurs » entraînent un dépôt d’azote. Et pas des moindres. Ce serait en effet 94.5kg d’azote qui auraient été quotidiennement déposés autour de l’atoll. Ceci joue un rôle fertilisateur important. Un exemple de plus de l’importance fondamentale qu’ont les requins, au sein du réseau trophique marin au sommet de la chaîne alimentaire.

Une aide à la régénération

Une nouvelle fois, la disparition des requins aurait un impact au niveau du corail. En effet, par effet de cascade, s’il y a moins de requins il y aura moins de poissons herbivores. Et pour cause, ces derniers sont prédatés par les poissons carnivores, dont la population est régulée par les requins. Autrement dit, moins de requins = plus de poissons carnivores = moins de poissons herbivores. Or, ces derniers sont essentiels dans la reconstitution du corail. Quand il meurt, à cause d’un phénomène naturel (comme un cyclone par exemple) ou par des causes anthropiques, des algues viennent s’y fixer. Celles-ci « étouffent » le corail et l’empêchent de récupérer.

Un problème est également posé au moment de la fixation puis du développement des scléractiniaires (anciennement madréporaires). Des coraux de l’ordre scleractinia, qui regroupe les coraux durs. Les poissons herbivores dont il est question ici, mangent cette algue et permettent donc au corail une régénération. Ce qui ne serait plus possible si ces derniers venaient à disparaitre, décimés par les poissons carnivores qui seraient alors en surnombre. Une étude publiée en 2013, dans la revue PlusOne, en fait part. On y découvre que pour ce faire, les scientifiques ont  utilisé des programmes de surveillance sur une durée de 10 ans. Ont été étudiés : « Les effets combinés des perturbations chroniques (élimination des requins) et des impulsions (cyclones, blanchiment) sur la structure trophique des poissons de récif corallien sur deux atolls isolés au large de la côte nord-ouest de l’Australie ».

Les preuves cohérentes quant à l’hypothèse selon laquelle la « perte des requins peut avoir un impact qui se propage dans la chaîne alimentaire » y sont apportées. Cette perte contribuerait potentiellement à la « libération de mésoprédateurs et modifier le nombre de consommateurs primaires ». Quant aux requins, «  Étant donné que leur présence peut favoriser l’abondance d’herbivores, l’élimination des requins par la pêche a des conséquences sur les perturbations naturelles et anthropiques entraînant la perte de coraux, car les herbivores sont essentiels au progrès et au résultat du rétablissement du corail ».

 

Poumons verts, poumons bleus

Certes, c’est l’expression « poumons verts » de la planète qui est la plus entendue. Ceci dit, bien que les végétaux terrestres et les forêts produisent de l’oxygène, il en va de même pour l’océan. Ce, avec les phytoplanctons (autrement dit, les cyanobactéries et microalgues). Son étymologie en dit long. Le mot est en effet composé de « phyto », plante, et de « planktos », errante. Ces derniers vivent en effet en suspension. En plus d’être à la base de la chaîne alimentaire marine, il est donc un producteur d’oxygène.

En fait, le phytoplancton absorbe le CO2 et produit et rejette ensuite de l’oxygène quand il y a de la lumière. Il joue donc un rôle essentiel dans la production d’oxygène et fournirait à la planète au moins 50% de celui-ci (les chiffres varient selon les études). La surpêche et la disparition de requins auraient ici, encore une fois, des conséquences catastrophiques.

L’équation est simple, moins ou plus de top prédateurs entraînerait un écosystème perturbé ainsi que la prolifération et la disparition d’autres espèces. En bout de chaîne, nous retrouvons le plancton. Il est dont absolument indispensable de conserver les top prédateurs afin que l’équilibre soit conservé et que la production d’oxygène ne soit pas changée.

 

MH