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Article SMF : Dernier rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité (IPBES) il est encore temps d’agir !

Dernier rapport de l’IBPES : Il est encore temps d’agir !

 

Le lundi 6 mai, l’IPBES (groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité), a donné l’alerte dans un rapport historique. Ce document est le plus exhaustif réalisé à ce jour et s’appuie sur l’évaluation historique des écosystèmes pour le millénaire (Millenium Ecosystem Assessment) de 2005 et introduit de nouveaux moyens pour l’évaluation des preuves. Dans celui-ci, on apprend que les 3/4 de l’environnement terrestre et environ 66% du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine. En moyenne, ces tendances ont été moins graves ou évitées dans les zones qui appartiennent ou qui sont gérées par des peuples autochtones et des populations locales.  Environ 1 million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction, ce qui représente 1 espèce sur 8. Sir Robert Watson, président de l’IPBES, souligne qu’il « n’est pas trop tard pour agir, mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial ».

 

Un rapport historique et complet

 

Ca n’est pas moins de 145 experts en provenance de 50 pays qui ont élaboré ce rapport au cours des trois dernières années. Des contributions additionnelles ont été également apportées par 310 autres experts. Pour la première fois à une telle échelle, le rapport s’appuie également sur les savoirs autochtones et locaux. Il évalue en fait les changements ayant eu lieu durant les cinquante dernières années et met en lumière la relation entre les trajectoires du développement économique et leur impact sur la nature. Pour ce faire, environ 15.000 références scientifiques et sources gouvernementales ont été utilisées. Le million d’espèces animales et végétales menacées en question, le serait d’autant plus lors des prochaines décennies. Chose qui ne serait encore jamais arrivée dans l’histoire de l’humanité. « Les écosystèmes, les espèces, les populations sauvages, les variétés locales de plantes et les races locales d’animaux domestiques diminuent, se réduisent ou disparaissent. Le tissu vivant de la Terre, essentiel et interconnecté, se réduit et s’effiloche de plus en plus », ajoute le professeur Joseph Settele. Les auteurs de l’évaluation ont, pour la première fois à une aussi grande échelle en se basant sur une analyse approfondie des données disponibles, établi les cinq facteurs directs de changement qui affectent la nature et ayant le plus fort impact mondialement parlant. On découvre alors, par ordre décroissant : 1- Les changements d’usage des terres et de la mer; 2 – L’exploitation directe de certains; organismes; 3 – Le changement climatique; 4 – La pollution; 5 – Les espèces exotiques envahissantes. Malgré les progrès en terme de réalisation pour la conservation de la nature et la mise en oeuvre des politiques en sa faveur, le rapport met également en lumière le fait que les trajectoires actuelles ne permettent pas d’atteindre les objectifs mondiaux de conservation et d’exploitation durable de la nature. Les objectifs pour 2030 et au-delà ne pourraient être atteints que par un changement transformateur dans les domaines de la politique, de la technologie, de l’économie et de la société.

 

Un important impact sur la biodiversité marine

 

La biodiversité marine est particulièrement touchée par le déclin annoncé. Le rapport précise que 267 espèces sont concernées. En effet, près de 33% des récifs coralliens, des requins et des espèces proches, ainsi que plus d’1/3 des mammifères marins sont menacés. Quant à la pêche, 33% des stocks de poissons marins en 2015 étaient exploités à un niveau biologiquement non durable, 60% étaient exploités au maximum et 7% étaient sous-exploités.

La pollution représente un problème important, effectivement, « Environ 300-400 millions de tonnes de métaux lourds, solvant, boues toxiques et autres déchets issus des sites industriels sont déversés chaque année dans les eaux du monde. Et les engrais qui arrivent dans les écosystèmes côtiers ont produit plus de 400 ‘zones mortes’ dans les océans, ce qui représente environ 245000km carrés, soit une superficie totale plus grande que le Royaume-Uni », indique l’IPBES. Notons également que la pollution plastique a été multipliée par 10 depuis 1980.

Rappelons tout de même qu’au moins 1 800 milliards de déchets plastiques polluent les océans. De nombreux organismes et associations essaient de lutter ou au moins de comprendre d’où les flux de plastique proviennent (comme lors de la nouvelle expédition Tara Oceans, lancée le 23 mai) afin de savoir où agir. Le rapport de l’IPBES présente également une liste d’actions possibles qui seront les plus aptes à soutenir le développement durable. Celle-ci concerne l’agriculture, les écosystèmes d’eau douce, les zones urbaines et les écosystèmes marins. Pour ces derniers, on trouve « des approches écosystémiques de la gestion des pêches; l’aménagement du territoire; des quotas efficaces; des zones marines protégées; la protection et la gestion des zones clés de la biodiversité marine; la réduction de la pollution par ruissellement dans les océans et une étroite collaboration avec les producteurs et les consommateurs ».  

Quant aux requins, l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) sortait il y a quelques mois un rapport, également alarmant. Celui-ci concernait l’état de conservation des requins. Nous apprenions alors que 17 des 58 espèces étudiées sont désormais classées à risque d’extinction. Il est bon de rappeler le chiffre de 100 millions, qui correspond au nombre de requins tués par an et pour lesquels il est nécessaire d’agir, compte tenu de leur importance capitale en tant que super prédateur.

 

Un exemple de réussite

 

Grâce à des mesures prises et à l’alliance de plusieurs savoirs, des espèces vouées à l’extinction ont pu être sauvées. C’est notamment le cas du pirarucu (Arapaima gigas). Ce poisson géant est le plus grand poisson d’eau douce. Il peuple les eaux d’Amazonie. Le pirarucu peut mesurer jusqu’à 3 mètres de long et peser jusqu’à 200 kg. Pour ce faire, un programme scientifique de l’Institut Mamirauá (organisation sociale créée et supervisée par le Ministère de la science, de la technologie, de l’innovation et de la communication qui fête cette année 20 ans de fonctionnement) a été réalisé en symbiose avec les populations locales. Si cette espèce faisait partie intégrante du régime alimentaire des riverains, elle a connue un dangereux déclin lié à l’intensification de l’activité dans la forêt, les progrès technologiques des bateaux et la production de glace, qui a offert un stockage plus long des poissons. Le pirarucu a un système respiratoire complexe, qui le force à remonter à la surface pour respirer toutes les 20 minutes. Si cela montre un caractère pratique dans le cadre de la pêche, il l’a également été dans le cadre du programme de préservation. En effet, c’est de cette manière qu’ils ont pu être comptabilisés par un groupe de pêcheurs, créé pour l’occasion. Une pêche durable, basée sur les quotas établis à partir du nombre de poissons recensés l’année précédente, a été appliquée dans les zones des réserves. Suite à cette mise en place, la population des poissons est passée de 2507 spécimens en 1999 à 190.523 en 2018. La période de reproduction a été respectée et la pêche autorisée seulement de juillet à novembre. En plus d’avoir joué un rôle indispensable dans la survie de l’espèce, cette gestion a un aspect économique intéressant puisqu’elle a rapporté 1,56 million de réais (350.000€) aux régions de Miramauá et Amanã. La somme a ensuite été répartie entre plus de 700 pêcheurs. Pour Emiliano Ramalho, directeur technique et scientifique de l’Institut Mamirauá, cette histoire est un bon résumé de l’alliance entre les différents savoirs : « Celui entre un chercheur venu de l’extérieur pour aider une espèce menacée et le savoir traditionnel des pêcheurs locaux ». Il est également bon de noter que le risque d’extinction des mammifères et oiseaux dans 109 pays a été réduit de 29% (moyenne) grâce aux investissements pour la conservation réalisés de 1996 à 2008. Le risque d’extinction des oiseaux, des mammifères et les amphibiens aurait été d’au moins 20% sans cette action de conservation au cours des dernières décennies. Aussi, n’oublions pas qu’environ 16.000 nouvelles espèces sont découvertes chaque année !

 

Il est encore temps d’agir

 

Selon Sir Robert Watson, « Nous sommes en train d’éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier ». Seulement il n’est pas trop tard pour agir, à condition qu’un changement dit « transformateur », radical ait lieu. Ce, du local au mondial. « La nature peut encore être restaurée et utilisée de manière durable – ce qui est également essentiel pour répondre à la plupart des autres objectifs mondiaux. Par ‘changement transformateur’, on entend un changement fondamental à l’échelle d’un système, qui prend en considération les facteurs technologiques, économiques et sociaux, y compris en terme de paradigmes, objectifs et valeurs », souligne-t-il.

La plateforme affirme, dans son communiqué de presse, que « Les États membres de la plénière de l’IPBES ont reconnu que, par sa nature même, un changement transformateur peut susciter une opposition de la part de ceux qui ont des intérêts attachés au statu quo, mais également que cette opposition peut être surmontée pour le bien de tous ». Le rapport présente plusieurs exemples d’actions en faveur du développement durable et le chemin pour les mettre en oeuvre dans des secteurs tels que les écosystèmes marins, les zones urbaines, l’énergie, la foresterie, les écosystèmes d’eau douce, les finances… Pour créer une économie mondiale durable, l’évolution des systèmes financiers et économiques mondiaux a été identifiée comme un « élément clé des politiques futures plus durables ». Secrétaire exécutive de l’IPBES, la Docteure Anne Larigauderie a annoncé « l’IPBES présente aux décideurs une base scientifique fiable, les connaissances et les options stratégiques pour qu’ils les analysent ».

 

MH